Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Psychanalyste, membre du Cercle Freudien et du Salon Œdipe, journaliste, Annik Bianchini Depeint collabore à “Actualité en France”, la revue d’information du ministère des Affaires étrangères et européennes. Elle a enseigné au Centre culturel français de Rome. Ses publications sont orientées, par priorité, sur les auteurs et les événements alliant connaissance et recherche, dans le domaine de la psychanalyse et des sciences humaines.

Philippe Hellebois
Lacan lecteur de Gide
Préface de Jacques-Alain Miller
Editions Michèle, 2011, 155 pages, 19€

“Lacan lecteur de Gide”, préfacé par Jacques-Alain Miller, est un commentaire éclairé de la lecture faite par Jacques Lacan en 1958 du double volume de Jean Delay paru en 1956, qui s'intitule  “La jeunesse d'André Gide”, et d'un autre de Jean Schlumberger.  De nombreux livres furent consacrés à André Gide, mais encore aucun au Gide dont parla Lacan dans son fameux article : “Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir”.

La lettre dans ses acceptions différentes intéresse particulièrement Jacques Lacan, auteur déjà de deux contributions importantes, “Le Séminaire sur la lettre volée”, en 1956 et “L'Instance de la lettre dans l'inconscient ou la raison depuis Freud”, en 1957.

Gide se révèle être le dernier des grands classiques français, un maître du signifiant, c'est-à-dire un écrivain de l'objet. L'objet étant ce qui fait le style. Jacques-Alain Miller, qui avait déjà livré son commentaire du Gide de Lacan dans “La Cause Freudienne” n° 25,  le dit dans la Préface : “Conformément à la logique la plus intime au discours analytique, il y a un cœur de la littérature, un noyau (Kern) de l'être littéraire, et qui n'est pas littérature, mais lituraterre - l'illisible, le «pas-à-lire», le signe devenu déchet, comme papier imprimé servant à emballer le poisson”.

Philippe Hellebois reprend ces travaux importants et donne un éclairage nouveau  sur une lecture de lectures de lectures. Les ressources du poème comme celles de la littérature se réinventant sans cesse comme celles de l'inconscient. Selon le concept que “l'œuvre littéraire toujours précède la psychanalyse”.

L'auteur explique, je cite : “Ecrivain de lui-même - son œuvre semble même la formalisation de sa vie - Gide eut très tôt le souci de sa biographie vu qu'il notait dès sa jeunesse vouloir vivre sa vie du point de vue où elle sera écrite… Celui qu'un de ses derniers biographes qualifia de grand vivant, vécut donc avec le souci constant  de sa postérité, soit en contact étroit avec la mort… Gide n'était pas un escamoteur mais l'enfant de ses propres œuvres, et c'est seulement en s'inventant un style qu'il put supporter l'existence.”.

Philippe Hellebois est psychanalyste à Mons, en Belgique, membre de l'Ecole de la Cause freudienne et de l'Association mondiale de psychanalyse, Directeur thérapeutique au Courtil (institution pour enfants psychotiques).

André Gide est couvert de femmes, des magiciennes qui le capturent. Séduction de l'enfant Gide par sa tante. Femmes confidentes à qui il raconte ses amours avec de jeunes garçons. Amour de Madeleine avec qui il se marie. Il a fait de chaque instant de sa vie un motif d'écriture. Pour lui, le style n'était pas qu'un bel ornement, une jolie tournure, mais aussi et surtout une solution à son symptôme.

L'ouvrage, qui s'adresse également à un public non averti du vocabulaire psychanalytique, est composé de cinq parties claires qui cernent les points essentiels. Sont abordés dans le chapitre “Les garçons” la délicate question de la volupté, et dans  “Persona” le message de Gœthe, figure du Grand Autre. “André Gide constitua ainsi sa persona, le rôle ou le programme de sa vie, vie d'écrivain attaché à la réalisation d'un œuvre unique dont il avait trouvé une représentation dans Gœthe.”

Ecrit d'une plume légère sur une argumentation sérieuse, l'ouvrage de Philippe Hellebois , dense et limpide, agréable à lire,  renvoie à des notes précises sans charger le texte.

Annik Bianchini

 

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