Passeur de livre

Dina Karoubi-Pecon
Une saison chez le psy
Édition Albin Michel, 2018

Pascale Hassoun psychanalyste, membre du cercle freudien. Séminaire sur la conduite de la cure. Collabore à la formation du Centre Psychanalytique de Chengdu (Chine). En 2017 elle écrit " Un dragon sur le divan, Chronique d'une psychanalyste en Chine" ed. Eres, qui relate 13 années de tentative de transmission de la psychanalyste en Chine.

Membre fondateur de la revue Che Vuoi?. A dirigé "l'envie et le désir" éd. Autrement. Derniers articles parus : "L'hospitalité au risque de l'hostile", "Devenir un homme", "Renaître au trauma", "Seulitude".

Une saison chez le psy, se lit d’une traite... la saison passe vite, on s’y sent à l’aise. Ecrit dans une langue fluide et très agréable, ce livre nous ouvre les portes du cabinet du psychanalyste. Il nous les ouvre parce qu’il formule les nombreuses questions que celui qui pense faire le pas vers l’analyse se pose. Ce pas n’est autre qu’un pas vers soi-même. Nous pourrions être tentés par des réponses courtes, un peu définitives. Mais c’est tout le contraire : l’auteure déploie les questions, de manière à ce que, justement, nous ne renoncions pas à aller jusqu’au bout de ce dont ces questions sont porteuses : nos hésitations, notre difficulté à choisir, nos contradictions, l’envie de rester en retrait ou de ne pas vraiment aborder la question qui fait mal. Elle nous invite tout simplement à l’accompagner dans une sorte de dédale qui n’est autre que l’énigme de notre inconscient. Nous n’y sommes plus seuls. Elle est avec nous, avec chaque lecteur qui a eu la bonne idée de se saisir d’une saison chez le psy, d’en ouvrir les pages et de se laisser guider.

Ce livre est vivant car, comme il est dit en dernière page, « il est réalisé grâce à tous ceux qui sont venus confier leur histoire, leurs tranches de vies bousculées, douloureuses, incertaines »... Il s’agit donc d’un livre incarné avec de vraies questions et de vraies réponses passées au fil de la réflexion que l’expérience apporte.

Le livre s’ouvre sur ce dont nous sommes devenus friands : les séries, dont nous attendons d’une fois sur l’autre la suite. Nous nous identifions aux héros pour lesquels nous nous passionnons.

A la manière d’une série, ce livre met en situation des patients venus voir un psy.

La psychanalyse, une série ? Elle ne serait autre que la série dont nous-même nous serions le héros. Héros que nous allons découvrir, dont nous allons pénétrer les parts secrètes, paradoxales. Par quels moyens ? Par la parole : « Tout l’enjeu de la psychanalyse sera de vous amener à trouver les mots, ceux qui vous appartiennent et traduisent au plus juste et au plus proche vos pensées et vos ressentis ». Elle peut apparaître comme un exercice délicat, parfois difficile et douloureux, car elle invite à mettre en lumière les souvenirs enfouis, refoulés, qui réactivent les émotions. Comme une maison que l’on visite et dont on découvre des pièces inconnues. Le livre emmène le lecteur dans la découverte de cette maison. Est-elle la sienne ou l’a-t-il reçue ? Qu’en est-il de la transmission ? Grâce à la manière dont le patient soutenu par son psychanalyste regarde son histoire il se met alors en position d’acteur de son histoire, pas de victime. Le patient peut aussi parler à son psychanalyste de ces vécus et sentiments pénibles auxquels il s’efforce soit d’échapper soit au contraire de se soumettre, à savoir la honte et la culpabilité. Avec son analyste il pourra comprendre combien celles-ci loin de protéger ne servent qu’à empêcher de penser.

Comme on le voit Une saison chez le psy aborde des questions de fond. Ce qui en fait son mérite. Mais ce mérite est redoublé parce qu’il formule les questions plus « pratiques » que chacun se pose : Comment ça marche ? Comment choisir son psychanalyste ? C’est quoi la différence entre psychothérapie, psychologie, psychiatrie et psychanalyse ? Pourquoi aller voir l’un plutôt que l’autre ? La première fois ça se passe comment ? Combien ça va me coûter ? Le paiement est-il en lien avec le symptôme ? L’inconscient, cet inconnu, est-il mon ennemi ? Mais pourquoi un divan ? Pourquoi le psychanalyste donne-t-il peu son avis ? Quelle est la place du corps ? Parle-t-il lui aussi ?

Tel que le livre est composé, il semble que, pratiquement,  on puisse tout dire, on puisse poser toutes les questions, on puisse tout exprimer et interroger. Il semble qu’il n’y ait pas de questions « bêtes ».

N’est-ce pas une belle réussite du livre ? Celle de nous faire passer ce message, message qui est au fondement de la psychanalyse : l’invitation à parler le plus librement possible, en se jugeant le moins possible. L’invitation à s’ouvrir aux parts de soi les plus intimes ou dont on est le moins fier. L’invitation à s’accepter. L’invitation pas seulement à changer mais à penser, car, nous dit l’auteure, «  penser c’est déjà comprendre ».

J’ai aimé une saison chez le psy, je m’y suis sentie chez moi. J’ai senti une présence humaine forte.

C’est un livre qui accueille le lecteur, qui lui offre une sorte d’assistance, un partage d’expériences, une place.

Dans cette période où le recours au psy est assez critiqué, le livre réajuste les positions de chacun, rétablit un ordre de questions, propose un trajet.

Tout ceci dans une langue claire et chaude qui s’adresse à l’autre.

Je ne peux qu’en encourager la lecture pour le plus grand plaisir du lecteur.

Pascale Hassoun

 

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