Passeur de livre

Jean Allouch
La scène lacanienne et son cercle magique
Des fous se soulèvent
Éditions Epel, 2017

Jeanne Lafont.

Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

En fait, il s’agit de réfléchir sur la transmission de la psychanalyse tous azimuts en quelque sorte : comment Lacan se situe par rapport à Freud, comment Freud se situe par rapport à Ferenczi et les autres, comment les élèves de Lacan s’organisent, qu’est-ce que « retiennent » les analysants,  …  comment les enfants s’éduquent, plutôt comment les parents peuvent, doivent, s’occuper de leur progéniture.

Attention, nulle part de morale, ou de conseils, au contraire le fil de cette réflexion tourne autour de la liberté avec cette expression : « s’adresser à la liberté de l’autre », presque comment éduquer à la liberté !

Une longue analyse d’un roman de Ricciotto Canudo, (Plon 2014), « Les libérés », sert de métaphore, on pourrait presque dire de cas clinique, pour préciser le positionnement des maîtres et des élèves, vis-à-vis de la mort et du sexe, au-delà du savoir. Là s’invente « le cercle magique », l’espace « entre » où gravite le maître qui ne dit plus rien, et les élèves qui apprennent la liberté, tous sous l’emprise, on pourrait dire de la « chose » au sens lacanien de la chose freudienne.

Ce cercle magique est pensé en lien avec la « seconde mort » que Lacan élabore avec Antigone, et, selon Allouch, Freud avec le « niederkommen » de la jeune homosexuelle. Et la folie est pensée avec ces outils comme un acte de soulèvement, un « dire que non » dont Antigone donne peut-être la clef en s’adressant à Créon « moi je veux dire non encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seul juge. Et vous avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui » ».

Cette réflexion, tout à fait intéressante et dynamique, est parsemée d’exemples cliniques, de romans, de philosophie, de religion (toutes), quelquefois de détails très originaux : en « macro-histoire » un tableau sociologique de comparaison entre les morts pour cause de guerre, de crimes et de suicides, entre 2000 et 2002. Et un peu plus loin, Jean Allouch détaille un de ses rêves, sur l’escabeau, S. K. beau, qui vient d’un  mot de Lacan à la conférence sur Joyce du 16 juin 1975, mais aussi d’une photo du groupe surréaliste « pour distribuer les uns par rapport aux autres et chacun à sa place les protagonistes » (p162).

Ce mélange entre grandes idées et précisions personnelles est merveilleusement entraînant et libératoire. Pas de méthode rhétorique, pas de souci d’harmonie générale, pas de discours universitaire, et finalement une avancée sur « la fin de l’analyse » : avec un exemple d’Erri de Luca, Jean Allouch formule cette fin : « Rien ne reste en suspens ou en rade, rien là ne servira jamais d’appui à un nécessaire rebondissement. L’échange distribue les partenaires, les localise chacun à sa place, en un mot : les sépare.» (p205)

Et je suis reconnaissante d’entendre dire par un psychanalyste actuel que le transfert peut disparaître, (« exploser » comme dit Freud à propos du complexe de castration), et que si une psychanalyse ouvre un rapport à l’infini à l’inconscient, ce ne sera pas toujours dans la dépendance avec un psychanalyste.

Jeanne Lafont

 

 

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