Colette Soler | Lacan et l’être femme

PUF 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

C’est un livre difficile où Colette Soler tente un aggiornamento d’un de ses livres précédents « Ce que Lacan disait des femmes », paru en 2003, au vu des pratiques actuelles et des débats des nouvelles féministes.

Mais elle reprend l’ensemble de la réflexion de Jacques Lacan sur la femme, sa différence. Elle ose même revenir à un de ses souvenirs d’enfance où sa sœur  « Madeleine sait ». C’est dire que l’auteur a le souci constant de l’histoire, des paliers, des avancées et des remaniements de la théorie lacanienne à travers une remarquable connaissance des textes et de leurs contextes. A ce titre ce livre est déjà une traversée formidable de toute la réflexion de Lacan, toujours rapportée à celle de Freud, ou des auteurs qui ont marqués l’histoire de la psychanalyse. Ainsi, le souci logique de Lacan, en lien avec la théorie des ensembles et les quanteurs est présenté, expliqué, mais peut-être pas pour un néophyte. De la topologie, il ne reste que le nœud borroméen…

Au-delà, Colette Soler cherche à élaborer les revendications actuelles, ou les angoisses actuelles que rencontrent un psychanalyste aujourd’hui, et les pages les plus passionnantes sont à la fin, quand elle rend compte d’une manière tout à fait nouvelle (pour moi) et du capitalisme, et du statut des « pas toutes » dans les discours d’aujourd’hui. Un long chapitre ainsi sur le mouvement « me too » dont elle déplie la véritable invention. Sans nostalgie du passé, ni enthousiasme pour les nouveautés, elle se veut à la fois lucide (c’est quelquefois de vieilles lunes qui réapparaissent) et accueillante, voire indulgente, même si elle s’autorise à une certaine inquiétude quant à l’avenir. Reste la maternité dit-elle, « nous ne savons pas … si elles voudront prendre soin du réel de la vie dans le sexe et la reproduction. Réponse encore en suspens. »

C’est vrai, je me suis demandé à la fin de ma lecture si le lecteur qui n’aurait pas déjà une solide connaissance de l’œuvre de Jacques Lacan pourrait y entendre quelque chose ; mais pour un lacanien le livre est tout à fait passionnant.

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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