Jean-Jacques Tyszler | La psychanalyse, pas sans Freud… mais encore ?

L’imaginaire narratif

éditions le Retrait, 2025

Article rédigé par : Jeanne Lafont

C’est un petit livre résolument dédié à l’actuel des souffrances psychiques, à partir d’une longue pratique psychiatrique et psychanalytique dans la France d’aujourd’hui : les douleurs de l’exil, les problèmes de genres…

Tout en notant les nouveautés, l’auteur renoue toujours avec Freud ou Lacan, repérant les impasses, les concepts à revoir, à dépasser, citant une note, un doute chez Freud, une lettre … une remarque de Mélanie Klein, le travail de Bion … aussi la psychanalyse se montre-telle dans sa créativité, dans sa souplesse aussi : rien de définitif, pas de diktat, tout peut se revoir, sauf l’essentiel l’inconscient et le respect de la particularité de chacun. Quelques critiques cependant du biologisme, du tout médicament, mais au fil des expériences racontées. C’est d’une lecture facile et l’auteur s’excuse de quelque fois revenir à la théorie !

Il parle simplement, de lui quelquefois, avec deux idées maitresses qu’il noue à sa formation auprès de Marcel Czermak. De lui l’auteur décrit « une clinique feuilletée », c’est-à-dire une clinique « qui comme un mille feuilles superpose à la fois des symptômes classiques et des troubles d’un autre ordre. » Pas besoin, dit-il de promouvoir une nouvelle réalité psychique ! Freud suffit bien, Lacan aussi.

L’autre idée est celle d’un « imaginaire narratif », c’est-à-dire un recours aux grands récits de notre civilisation la mythologie grecque, la bible, … pour trouver les mots de ses traumas et ruptures. Il s’appuie sur le travail de Rachel Bespaloff. Mais c’est visiblement une approche qu’il invente et défend avec soin : lire des extraits de la manière d’Artémis, puis laisser aux jeunes en groupe en parler, réagir …  dessiner… Il l’explique à partir de la trilogie de Lacan, réel, symbolique et imaginaire, mais pour développer l’idée de plusieurs imaginaires, celui du fantasme, celui du miroir et celui des narrations. C’est convainquant surtout dans le contexte de l’effondrement actuel des récits religieux et politiques, et le recours que tant trouvent dans leur « identité nationale ».

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.