Marie-Jean Sauret, Guillaume Nemer, Isabelle Morin | La machine à symptôme

Éditions Le Retrait, 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

On dirait qu’ils s’y sont mis à trois pour nous faire un livre tout à fait intéressant sur la vie et le destin des artistes qui semblent avoir trouvé avec leur art une manière de parer à la folie, jusqu’à quel point ? Mais en fait ils sont quatre parce que l’ombre de Pierre Bruno, ses avancées et ses questions, ses formules sont omniprésentes. Ce n’est pas un reproche.

Dans son texte Marie Jean Sauret s’intéresse à un peintre Jacques Rouby dont il questionne le suicide au moment où l’artiste voudrait « faire autre chose » que peindre !Sacrifice, usure de la sublimation ou du synthome … le problème est déplié avec toute la finesse nécessaire avec un nombre incroyable de notes et de références … mais surtout, il y a ensuite toute une réflexion sur la mélancolie, dans le rapport à l’avancée de la science et du capitalisme qui m’a semblé très éclairante, et tout à fait nouvelle.

Ensuite Guillaume Nemer suit le parcours de Vincent Van Gogh dans le détail des périodes et des tableaux, allant chercher jusqu’à un auto portrait « sur carton de 19 sur 14 cm » ; c’est assez fascinant de suivre, pas à pas l’itinéraire du peintre dans cette analyse de chaque toile, ses points de bascules et ses échecs … notons aussi un addenda, sur les « vieilles chaussures » qui ont fait parler Heidegger, Shapiro, Derrida, Lacan … et Guillaume Nemer s’amuse à décrypter les arcanes de ses discussions, surtout qu’à la suite de tous ses commentaires sur la trajectoire du peintre, le lecteur se sent beaucoup plus à même d’en comprendre non pas le sens, mais disons la fonction de cette toile.

Enfin Isabelle Morin se focalise, elle sur Nicolas de Stael et reprend les choses de plus loin, pourrait-on dire, dans la littérature psychanalytique, avec Hélène Deutsch et Christian Hoffman … et Pierre Bruno.

Maintenant c’est un livre pour lacaniens qui connaissent les thèses autour du Nom du père, de Joyce, de la réparation du nœud Borroméen par le synthome … du coinçage de l’objet a, de la jouissance … Peut-être, dans le fond, et avec un peu de macération, y apprend-on, comme psychanalyste, à infiniment respecter les constructions et les itinéraires de nos analysants marqués par la psychose. Et ça c’est précieux !

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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