Joseph Agostini | Les faux virils

Ces mecs qui font les mecs

Editions Dunod, 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

Avec une pointe de dérision, le livre est rose pour nous parler des « mascus », et de toute la planète du web dédié aux masculinistes. Et ils sont nombreux, ces influenceurs qui, surTik-tok, You tube, …, délivrent leurs messages de haine des femmes, et de glorification du vrai mec !

L’auteur les a suivis, les connaît bien, et nous fait partager leur mythologie : la red pill qui trouve son origine dans Matrix (1999) qui donne le pouvoir « de déchirer le voile des fausses apparences (p.61), ou l’association MGTOW (men going their own way) des pays anglo-saxons qui se fait forte de détourner les hommes des femmes « trop sournoises » ! Les hommes « alpha » (le terme vient de l’éthologie, étude des comportements animaux, et notamment des meutes de loups) sont par nature fait pour gouverner, les « beta » … Notons dans cette perspective à la fin du livre un glossaire très intéressant et une bibliographie fournie.

Mais l’auteur est psychanalyste et décrypte tous ces messages du côté d’un narcissisme exacerbé qui rêve de la toute-puissance de l’enfance. Leur glorification de la mère « reproductrice » est dans cette veine… et « les théories masculinistes apparaissent comme des formations réactionnelles… ils se sentent en danger existentiel et puissent d’ailleurs leur énergie dans ce sentiment d’être oppressés » (p.164).  L’auteur aussi n’oublie pas le canal, par lequel ce discours ce répand, soit le web : tous ces influenceurs, «  sont complètement soumis au système capitaliste qui les a imaginés. Toutes leurs interventions sont formatées sous peine de faire chou blanc. Ils obéissent à des injonctions commerciales tant sur la forme que sur le fond » (p.105).

Au-delà  de cette plongée dans cet univers de haine et de mépris des autres, des faibles, des femmes bien sûr, (nauséabond) le livre est truffé de petites séquences cliniques, de paroles d’hommes analysants, de destins, d’histoires privées, qui rapportent, cas par cas, les causes et les conséquences, les bascules, les retours, dans un vocabulaire contemporain, clair et manifestement (pour moi peut-être) actuel. « Qu’est qu’une salope ? demande notre auteur, «  c’est une femme qui nique les mecs » répond son client. Ces petites séquences sont d’ailleurs toujours marquées d’une différence typographique, et c’est très agréable, comme une respiration dans la lecture. Ce qui ne l’empêche pas par ailleurs de faire état de nombreux travaux plus conceptuels des grands noms de la psychanalyse Freud bien sûr, Lacan, Winnicott, …

En bref c’est un bon livre.

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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