Ghyslain Levy | L’Idiot intime

L’enfant médusé de la psychanalyse

Ithaque éditions, 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

C’est un livre étrange. Les premières pages sont d’un abord un peu rébarbatif, mais ensuite tout s’éclaire et comme une mélopée magique les éléments s’enchaînent pour arpenter un drôle de pays, celui de l’avant ! celui de l’infans d’avant la parole, des premiers moments, des premières sensations, des premiers abris, des premières consolations … qu’on porte en soi, dans l’intime, toute sa vie.

Il y a des citations de Freud, bien sûr, mais aussi des « bouts de cure », des poèmes, des auto biographies, journal de l’exil … Il revient ainsi longuement sur le livre Mars de Fritz Zorn, sur son cancer, mais aussi Robert Walser : « Habitants délicats des forêts de nous-même, J’habite une bonne épaisseur … ; »

Sur quel trauma, quelle déchirure, quelle perte se constitue le sujet ? celui de la réalité, qui pourtant porte en lui, sans toujours le savoir, cet « idiot intime » qui est autant la source de l’angoisse, que celle du désir et de la création ? Beaucoup de références littéraires mais aussi, (et pour moi le plus intéressant) comme des échappées sur la cure psychanalytique, sur le déroulement d’une cure, ces « moments d’intensité » où la parole se découvre elle-même, au fil du texte, comme des éclairs, où se surprend le plus original, le plus « idiot » d’une expérience du transfert.

Rajoutons quelques digressions sur l’idéologie actuelle de la « transparence » qui « tue l’image » et ou d’une planète qui devient une poubelle. « Comment la psychanalyse à notre époque pense-t-elle la question de l’être du sujet, dans son rapport premier au monde, que j’ai formulé en termes de paysage intime ? » (p.124).

Pour finir, juste une petite remarque : « idiotès » dans la langue grecque, veut dire « singulier » et déjà en quelque sorte « intime » (si cette notion peut être projetée sur l’antiquité) : et je dois dire je prendrai un peu ce livre comme une petite étude sur la manière (malheureuse ou pire) dont ce mot, idiotes, a fini par signifier « imbécile » !

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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