Martine Fourré | Le malheur des hommes

Moussa Diop et l’angoisse, à la rencontre du sujet de l’Occident

L’Harmattan, 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

C’est un livre ambitieux, le deuxième d’une série de trois, qui tente d’élaborer la rencontre entre la manière de vivre de l’occidental, avec la manière africaine, plus spécifiquement sénégalaise.

L’auteur s’appuie sur l’œuvre de Moussa Diop, qui fait une thèse sur l’angoisse en 1958 à Bordeaux avant de rentrer au Sénégal où il fonde le service de psychiatrie de Fann à Dakar (avec Henri Collomb), pépinière de talents bien connus des ethnopsychiatres.

La thèse centrale tourne autour de ce que Martine Fourré appelle « le discours de la science » que l’occident « tête à la mamelle » dès les « leçons de choses » des classes maternelles ; discours qui reste étrange pour un africain, lui engoncé dans une communauté où sa place lui est donnée dès la naissance. … Forte de ses années d’expérience de vie à Dakar, l’auteur détaille, élabore, analyse les multiples formes de malentendus qui en résultent dans la rencontre. La manière de faire avec la folie des humains n’a rien de commun, pourtant chacun peut apprendre de l’autre et c’est avec finesse et générosité que l’auteur nous amène dans les doutes et les créations cliniques des psychiatres de Fann. «  Ainsi la palabre fonctionne comme un rempart contre la psychose ordinaire : elle offre un cadre où le symbolique plutôt que de faire défaut, s’incarne dans le collectif… » (p.143) ; On entend  tout du long les concepts lacaniens de base, réel, imaginaire symbolique, le miroir, le discours, la jouissance, le bord et la transmission du « nom du père », (etc.), maniés dans l’intérêt de l’étude et de la tentative pour comprendre vraiment l’agacement des uns et des autres …

Le plus impressionnant dans ce travail consciencieux est finalement le recours à la langue, l’analyse du Wolof, et de ce qu’implique les mots et les manières de s’exprimer d’une langue à l’autre : on ne dit pas « non » au Sénégal , c’est tout simplement mal poli. Mesurez ce que signifie ce mot « tout bête » de mal poli, et le chemin à faire pour nous autres de Paris ou ailleurs en Occident, pour l’accepter.

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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