Jacques Nassif | L’acte analytique aujourd’hui, après Lacan

Éditions du crépuscule, 2026

Article rédigé par : Jeanne Lafont

C’est un petit livre très ambitieux qui retrace l’invention freudienne de la « cure » (terme qui l’interroge) à partir des différentes strates de l’appareil psychique, (de la lettre 52, aujourd’hui 112) « étanches en elles » notamment des « indications de perceptions » (Wahrnehmungzeichen) « que je voudrai précisément arrachés à l’oubli » dit-il. Et là-dessus il reconstruit tout l’efficace de la cure, en faisant de l’analyste un traducteur, liseur, de la contingence de ces perceptions qui ont accompagnées les différents moments structuraux d’un sujet.

Ces sujets sont habités par une asymbolie, une de ces perceptions qui n’ont pas eu le destin d’être devenus des mots, (j’ajoute pour rentrer ainsi dans la métonymie de la chaine signifiante) et qui ont partie liées avec le refoulement ou le déni ou la forclusion ; il emploie aussi pour parler de la cause du malaise le terme de « trahison ». Et il semble « revenir » de la primeur du signifiant, chère à Lacan, qu’il critique plusieurs fois, surtout sa conception de l’analyste comme « sujet supposé savoir ».

Il préconise et (pour moi le plus intéressant aujourd’hui) de diffuser dans la culture cette importance de la contingence : l’écoute analytique consiste « à rétablir dans le débit des paroles prononcées en séance, de la juxtaposition ou de la simultanéité, avant de se précipiter comme le ferait un clinicien, à rechercher la causalité ; parce que « l’inconscient s’est rendu inaccessible à la conscience en se rattachant au caractères fortuit des circonstance concomitantes qui entraine des associations incongrues ».

C’est tellement à contre-courant du monde scientifique d’aujourd’hui que s’en décuple l’intérêt. Ben oui, il y a du hasard dans la fixité d’un symptôme. Il pleuvait, il faisait froid (ou soleil) lorsque j’ai répondu par un premier sourire à ma mère … et il y a eu une sirène qui s’est déclenchée !! Contingence à l’origine … de ma phobie du bruit…

Jeanne Lafont, psychanalyste, psychothérapeute. Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

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