François Ansermet | Au-delà de la pulsion de mort

Actes Sud, 2026

Article rédigé par : Marielle David

Le samedi 26 septembre 2026, je reçus du site Œdipe un courrier. Il mentionnait un livre récemment paru : « Au-delà de la pulsion de mort » de François Ansermet,  qui attira immédiatement mon attention.  C’était le second jour de la visite du pape qui vint délivrer un message de paix à Paris, en France, terre des révolutions depuis plus de deux siècles. Plein soleil, messe place de la Concorde et 600.000 personnes réunies pour l’évènement, dit-on. Le nombre de jeunes qui se font baptiser serait en augmentation. Serait-ce la preuve d’une action toujours présente pour eux du Christ, mort et ressuscité et donc champion d’un au-delà de la pulsion de mort?

Le mardi 29 septembre avait été choisi comme journée de « mobilisation » pour la fonction publique et il est annoncé que des lycéens s’y joindront. « Il faut bloquer nos lycées pour enfin nous faire entendre par nos dirigeants. Nous voulons de la considération » déclare Ryad Rani président de l’Union Syndicale Lycéenne. Après l’été des mégafeux, les poubelles s’enflamment. Après la révolte des lycéens de banlieue qui demandent l’égalité avec les lycées privilégiés, en s’attaquant par le feu à des poubelles, des casseurs brûlent un magnifique et récent lycée international à Nantes. Nous avons fait mai 68, septembre/octobre 26, nos petits-enfants, dans de bons lycées, se joignent à la révolte des banlieues.

C’est après l’interrogation sur ces évènements, que j’ouvre le livre d’Ansermet, qui, lui, veut penser aujourd’hui, après Freud, le Malaise dans la civilisation. Il fait le constat d’une reprise généralisée sur la planète de conflits armés qui tendent à annuler l’effort d’un « Droit International », après la guerre de 40/44, qui fit des millions de morts.

La pulsion de mort est une découverte de Freud, insiste Ansermet. Après avoir affirmé la pulsion érotique, Freud en vient à reconnaitre « une tendance à la mort », une tendance à l’inanimé, « apparue du fait que la substance anorganique a pris vie »[1]. « La mort ne fait pas seulement suite à la vie mais à un travail de la pulsion de mort à l’œuvre tout au long de l’existence »[2]. François Ansermet décrit d’abord la pulsion de mort comme source de violence. Qu’elle soit interne au sujet comme dans la mélancolie ou se dirigeant vers l’autre, la haine s’exprime allant jusqu’au conflit armé, de l’individuel au collectif, « d’emblée et simultanément »[3]Cette destruction est « issue de soi » car le « Je » est d’abord autre avant d’advenir comme soi, selon « Le stade du miroir » de Lacan.

Ansermet nous fait relire la « servitude volontaire » de La Boétie qui date de 1576. Depuis la France a connu quelques révolutions…Je m’inscris en faux sur l’idée qu’elle est « une manifestation majeure de la pulsion de mort, dans sa version silencieuse[4] ». Il n’y a pas besoin de s’éloigner de la psychanalyse pour observer que les groupes sont le plus souvent gérés par une personne qui en prend la tête et pour les autres membres ou bien l’obéissance, voire la servitude est acceptée, soit il -ou elle- n’a plus qu’à prendre la porte. La servitude volontaire est donc liée, pour la majorité des personnes qui s’y soumettent, au principe de réalité. Grâce à Freud, il est vrai, la psychanalyse peut traiter la soumission névrotique, celle qui vient du Sur Moi. L’actuel mouvement des lycéens ne démontre pas que le pouvoir peut être balayé par la révolteoù la volonté de vivre s’intrique à la violence ? Peut-on pour autant parler de Résistance ? L’État serait-il devenu un ennemi ?

« Comment aborder la place de la folie aujourd’hui ? », poursuit Ansermet.Question redoublée par le lien entre l’hubris, la démesure, dans un monde où les biotechnologies « semblent franchir toutes les limites ». « Est-on aujourd’hui en train de passer de l’ « Autre, c’est le corps » à l’Autre c’est l’algorithme ? Du vivant à la machine ?[5] »

Le dernier chapitre de cet ouvrage passionnant pose la question d’une « destruction créatrice ». L’artiste refuse et prend le risque de renoncer à la servitude volontaire, de s’extraire du groupe. Pour utiliser une métaphore, n’existe-il pas entre pulsion érotique et pulsion de mort un temps de systole, puis un temps de diastole ? Pour avancer plus loin dans le lien profond entre pulsion de mort et création, il faut, je pense se référer au tout dernier Lacan qui du Réel fait tissu, et par là support à la création humaine « Au-delà de la pulsion de mort ».

Y trouverions-nous l’amour ?

Marielle David, psychiatre, psychanalyste membre d’Espace analytique.


[1] Freud S., Au-delà du principe de plaisir Essais de psychanalyse p.123
[2] François Ansermet, Au-delà de la pulsion de mort Actes Sud p.17
[3] Freud S ., Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort Essais de psychanalyse Payot et Rivages p.21
[4] Op. cité p.60
[5] Op. cité p.85

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