L’Invité : mardi 10 juin 2003

Sylvie Le POULICHET pour son livre "Psychanalyse de l’informe" Éditeur Aubier Présentation par Delia Kohen

 

Nous avons le plaisir de recevoir S. Le Poulichet et l’occasion de la rencontrer à différents moments du travail qu’elle poursuit comme Psychanalyste et comme Professeur à l’Université Paris 7 ( l’U.F.R Sciences Humaines Cliniques). Une expérience clinique des toxicomanies et des addictions conduit Sylvie Le Poulichet, depuis plusieurs années, à donner à ces symptomatologies si actuelles, une tout autre dimension telle que la méthode freudienne nous l’a apprise. S. Le Poulichet pratique elle-même avec grâce « L’Art du danger » titre du livre pour lequel nous l’avions déjà rencontrée en 1996. A l’école des artistes, et dans la familiarité qu’elle avait su établir avec certaines œuvres de Bram van Velde, Giacommetti, F. Pessoa, R. Walser, elle nous avait déjà sensibilisés à l’écoute et au traitement de « l’informe » et des « processus limites ». « Les figures théoriques  » qu’elle nous livre témoignent de son approche du réel et de sa préoccupation à faire reculer les limites de l’inanalysable.

Les processus limites sont abordés comme des moments d’invention, « au sens des forces qui provoquent des passages », des franchissements possibles. Il ne concernent spécifiquement ni la psychose ni les états- limites. Ce sont des manifestations singulières d’un corps en souffrance, chez un sujet aux prises avec l’étrangeté d’une trop grande proximité avec la Chose. Dans « Psychanalyse de l’Informe », S. Le Poulichet explore ces troubles de l’image de soi qui se manifestent par  » des vacillements identificatoires et les formations symptomatiques qui en résultent, depuis la perte temporaire de la perception du visage et des contours du corps jusqu’à des sensations d’auto-absorption ou de cadavérisation corporelle partielle et différentes formations addictives ».

A l’appui d’exemples cliniques, elle met en évidence comment ces troubles peuvent dans certaines conditions d’accueil et de traitement se transformer et devenir des moments cliniques féconds. L’espace du rêve freudien et surtout la question de la figurabilité inspire l’approche de  » l’aire de l’informe » chez S. Le Poulichet. L’objet de ce livre est inséparable d’une certaine clinique du psychanalyste. S. Le Poulichet insiste sur les qualités de présence du psychanalyste pour ranimer les traces restées inertes et éviter les répétitions douloureuses des traumatismes. Le corps du psychanalyste est là très présent qui par la voix, le regard, la gestuelle constitue en quelque sorte le cadre vivant de la cure et que S. Le Poulichet appelle aussi « le dispositif spéculaire transférentiel ». L’énergie du transfert et des mots qui sont mis en circulation, sculpte et redonne au corps toute sa dimension de corps érogène ou de corps vivant. Le psychanalyste ne peut y exercer son art qu’à la condition d’avoir lui-même poussé loin l’expérience de ces processus limites, et des passages de frontières. Sensible à l’instabilité des formes, aux effets de surgissements, c’est un psychanalyste « baroque » plutôt que « classique ». Ce travail sur « l’informe » s’inscrit dans le champ des recherches sur l’archaïque, l’originaire ou le féminin. Il éclaire des aspects obscurs et inconnus de la psyché où parfois certains analystes n’osent pas toujours se hasarder.

Quelques questions à S. Le Poulichet
-« L’informe » serait-il un autre nom du féminin qui concerne les hommes autant que les femmes. Vos exemples cliniques portent principalement sur des femmes : La relation mère-fille rendrait-elle l’épreuve du miroir plus ravageante et le corps à corps encore plus interminable ?
-L’insistance d’une clinique de l’informe aujourd’hui serait-elle la conséquence du malaise actuel de notre civilisation et dans un certain rapport avec le déclin du Nom du père ?

Delia KOHEN

 

   

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